Comment utiliser son drone lors d’un voyage au Japon ?

Le Japon demeure l’un des pays les plus visités dans le monde et bon nombre de visiteurs se demandent comment emporter le drone DJI Mini, Mavic ou une autre marque lors de leur séjour. Si le pays présente de très beaux spots, il faut aussi savoir qu’il dispose aujourd’hui de l’un des cadres réglementaires les plus rigoureux au monde. Depuis la refonte législative de 2022 et l’intégration des nouvelles normes de sécurité de 2025-2026, l’exploitation d’un aéronef sans pilote (UA) sur l’archipel est strictement subordonnée à une mise en conformité administrative et technique. Entre enregistrement obligatoire et protocoles de vol complexes, survoler le territoire nippon ne relève plus du loisir improvisé, mais d’une procédure minutieusement encadrée par le MLIT. Voici notre guide complet pour rester dans la légalité et capturer les merveilles du Japon en toute sérénité.

La règle d’or : le seuil des 100 grammes

Au Japon, la distinction se fait sur le poids total de l’appareil (batterie incluse).

  • Moins de 100 g : le drone est considéré comme un « jouet ». Les règles de la Loi sur l’Aéronautique Civile ne s’appliquent pas, mais vous devez tout de même respecter les interdictions locales (parcs, propriétés privées).
  • 100 g et plus : votre drone est un UA (Unmanned Aircraft). Vous tombez sous le coup de la loi stricte du MLIT (Ministère du Territoire, des Infrastructures, des Transports et du Tourisme).

Ainsi, un drone léger comme le DJI Mini 5 Pro ou les modèles similaires (249 grammes), sont soumis à la réglementation complète.

L’enregistrement obligatoire (DIPS 2.0)

Avant même de mettre votre drone dans votre valise, vous devez l’enregistrer sur la plateforme officielle DIPS 2.0 (Drone/UAS Information Platform System) :

  1. Création de compte : Rendez-vous sur le portail DIPS 2.0.
  2. Vérification d’identité : Pour les touristes, cela se fait via votre passeport (procédure en ligne avec reconnaissance faciale via smartphone).
  3. Informations du drone : Marque, modèle, numéro de série et, surtout, le numéro de Remote ID.
  4. Paiement : Environ 900 à 1 450 yens (selon la méthode) par carte bancaire.
  5. Marquage physique : Une fois approuvé, vous recevez un numéro d’enregistrement. Vous devez l’afficher clairement sur votre drone via une étiquette.

Le Remote ID : l’obligation technologique

Depuis le 20 juin 2022, l’anonymat aérien n’existe plus au Japon. Pour tout drone de 100 g ou plus, l’implémentation du Remote ID (identification à distance) est devenue une obligation légale stricte. Ce dispositif ne se contente pas de stocker vos informations : il diffuse en temps réel, via des protocoles Bluetooth ou Wi-Fi spécifiques, des données critiques telles que votre numéro d’enregistrement, la position GPS de l’appareil, son altitude, sa vitesse et la position du pilote. Cette mesure vise à permettre aux autorités et aux forces de l’ordre d’identifier instantanément tout aéronef en vol via des récepteurs dédiés.

Pour les possesseurs de drones récents (gammes DJI Mini 3/4 Pro, Air 2S/3, Mavic 3 et versions ultérieures), la technologie est déjà physiquement intégrée. Cependant, l’activation ne se fait pas par magie : elle est liée à la géolocalisation de votre smartphone et du drone.

Dès que vous allumez votre drone sur le sol japonais et que celui-ci établit une connexion GPS, l’application DJI Fly détecte que vous vous trouvez dans une juridiction soumise au Remote ID. Voici comment le menu spécifique apparaît et fonctionne :

  1. L’apparition du menu : Dans l’onglet « Sécurité » (Safety) des paramètres de l’application, une nouvelle section intitulée « UAS Remote Identification » devient active ou visible.
  2. L’importation des données : Vous n’avez pas à saisir manuellement votre numéro de série. Après avoir finalisé votre enregistrement sur le portail officiel DIPS 2.0 et payé les frais, vous recevrez un « Registration Code ». Dans l’application DJI Fly, vous devrez cliquer sur « Import ». L’application se connectera alors aux serveurs du MLIT pour lier officiellement votre certificat de vol à la balise interne de votre DJI.
  3. Statut de diffusion : Une fois l’importation réussie, l’application affichera un statut « Normal » ou « Broadcasting ». Tant que ce signal n’est pas actif, le décollage peut être bloqué par le logiciel ou, à défaut, vous place en infraction immédiate en cas de contrôle.

Si vous utilisez un modèle plus ancien (comme un DJI Mavic Pro de première génération ou un drone de course FPV « custom »), l’absence de puce de diffusion interne est un obstacle majeur. Dans ce cas, la loi est sans appel : vous devez acheter une balise Remote ID externe certifiée (souvent appelée « Remote ID Beacon »). Ce petit boîtier, doté de sa propre batterie et de son propre GPS, doit être solidement fixé à la coque du drone et allumé avant chaque vol. Comptez environ 150 à 200 € pour cet équipement, ce qui rend l’usage de vieux drones souvent complexe et coûteux pour un simple voyage.

Où avez-vous le droit de voler ?

Même avec un drone enregistré, le ciel japonais est segmenté. Les zones suivantes nécessitent une autorisation préalable du MLIT :

Type de zoneDescription
DID (Densely Inhabited Districts)Zones urbaines densément peuplées (quasi tout Tokyo, Kyoto, Osaka).
Parcs nationauxIl est généralement indiqué dans leur règlement que l’utilisation des drones y est interdite.
Périmètre d’aéroportZone de protection étendue autour des aéroports et héliports.
Altitude > 150mInterdit de dépasser 150 mètres par rapport au sol.
Installations sensiblesAmbassades, Palais Impérial, centrales nucléaires, bases militaires.

Utilisez des applications comme Drone Maps Japan ou consultez les cartes GSI (Geospatial Information Authority of Japan). Les zones rouges (DID) sont strictement interdites sans un permis spécial qui prend environ 10 jours ouvrés à obtenir. Globalement, il est généralement interd

Les 8 règles de pilotage standard

Si vous volez dans les zones autorisées (campagne, côtes sauvages), vous devez respecter ces règles de base :

  1. Vol de jour uniquement : Entre le lever et le coucher du soleil.
  2. Vue directe (VLOS) : Vous devez garder le drone à portée de vue à l’œil nu (pas de FPV pur sans observateur).
  3. Distance de 30m : Maintenez toujours 30 mètres de distance avec les personnes, les bâtiments et les véhicules tiers.
  4. Pas de foules : Interdiction de survoler des événements ou des rassemblements de personnes.
  5. Pas de matières dangereuses : Interdit de transporter des explosifs ou produits toxiques.
  6. Pas de largage : Interdiction de laisser tomber des objets depuis le drone.
  7. Alcool interdit : Tolérance zéro pour le pilotage sous influence.
  8. Vérification pré-vol : Vous devez inspecter l’appareil et les conditions météo avant chaque décollage.

Bref, des règles semblables à celles que l’on connait en Europe.

Sanctions et responsabilités

Le Japon ne plaisante pas avec la sécurité aérienne. En cas d’infraction :

  • Amendes : Jusqu’à 500 000 yens (environ 3 100 €).
  • Emprisonnement : Jusqu’à 1 an de prison dans les cas graves.
  • Journal de vol : Depuis 2022, il est obligatoire de tenir un carnet de bord (papier ou numérique) répertoriant vos heures de vol et vos maintenances. En cas de contrôle, vous devez pouvoir le présenter.

Les conseils pour votre voyage

  • Respectez les parcs : Beaucoup de parcs publics (même hors zones DID) interdisent les drones par arrêté municipal. Cherchez les panneaux « No Drone ».
  • Temples et Sanctuaires : La plupart interdisent les drones pour préserver le calme et l’intimité. Demandez toujours l’autorisation au bureau du temple (souvent payant ou refusé).
  • Assurance : Bien que non obligatoire pour les loisirs simples, une assurance responsabilité civile couvrant le Japon est vivement recommandée.
  • Batteries en avion : Le transport des batteries LiPo au Japon suit les règles de l’IATA (toujours en cabine, idéalement dans des sacs ignifugés).

Mon expérience

Il y a une différence majeure entre la théorie réglementaire et la réalité d’un voyage au Japon. Pour être tout à fait honnête avec vous, malgré toute ma préparation, mon drone est resté au fond de mon sac pendant trois semaines.

Pourquoi ce renoncement ? D’abord, à cause de la complexité administrative. Entre la barrière de la langue (même sur les portails traduits), les frais d’enregistrement et la lourdeur de la procédure DIPS 2.0, le processus a fini par me décourager. Mais c’est surtout une fois sur place que la réalité m’a frappé : les zones où nous, touristes, passons 90 % de notre temps (Tokyo, Kyoto, Osaka ou les grands parcs naturels nationaux) sont presque toutes classées en zones interdites (DID) ou soumises à des arrêtés municipaux très stricts.

Se retrouver face à un panneau « No Drone » après avoir payé des taxes et transporté 2 kg de matériel supplémentaire est frustrant. Entre la peur de commettre une infraction par erreur et le désir de profiter sereinement de mes vacances sans stresser sur une demande d’autorisation de dernière minute, j’ai choisi de laisser l’appareil au sol.

Mon conseil ? Si vous ne prévoyez pas d’aller spécifiquement dans des zones rurales reculées (comme Hokkaido ou certaines côtes isolées de Kyushu) et que vous n’avez pas l’âme d’un administrateur chevronné, réfléchissez-y à deux fois. Parfois, la liberté de voyager léger et l’esprit tranquille vaut bien plus que quelques vidéos aériennes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Close
Le réseau :

Lettre d’information

Inscrivez-vous à notre lettre d’information pour être prévenu de nos nouveautés en avant-première :

Articles les plus lus :
  • Que faire pour un week-end 100% Noël à Londres ?

  • Ce que vous devez savoir pour utiliser votre drone en Norvège

  • Madère : l’île la plus impressionnante d’Europe ?

Close

Est en Ouest

Le monde est à vous !

Cyrille Ardaud • Litchi Média © Copyright 2024 - Tous droits réservés. Aucune réutilisation commerciale sans autorisation. Crédit et lien vers le site obligatoire pour une réutilisation non-commerciale.
Close